11.09.2017, 23:07

Si fort et si humain à la fois

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Rafael Nadal s’est accroché lors des moments difficiles. Il a surmonté ses blessures pour retrouver les sommets.

 11.09.2017, 23:07 Si fort et si humain à la fois

TENNIS Rafael Nadal a écœuré Kevin Anderson en finale, le voilà désormais à seize titres majeurs.

A quoi a-t-il pensé, Rafael Nadal, au moment d’armer sa volée de revers? A quoi a-t-il pensé au moment où, balayé 6-3 6-3 6-4, Kevin Anderson, 2 m 03, est venu lui tendre sa main de géant en guise...

A quoi a-t-il pensé, Rafael Nadal, au moment d’armer sa volée de revers? A quoi a-t-il pensé au moment où, balayé 6-3 6-3 6-4, Kevin Anderson, 2 m 03, est venu lui tendre sa main de géant en guise d’allégeance? A-t-il pensé à ses dernières saisons de galère? A-t-il songé à son troisième sacre enfin décroché à l’US Open? A-t-il songé à son seizième titre de Grand Chelem, le deuxième de cette année 2017 après Roland-Garros, qui le rapproche des 19 de Roger Federer? Ou alors, a-t-il songé à son oncle et coach Toni, qui, l’an prochain, mettra un terme à leur fructueuse collaboration pour s’occuper de son académie à Manacor?

Rafael Nadal a pensé un peu à toutes ces choses. Sans doute. Parce que, en l’espace de trois ans, et c’est le moins que l’on puisse écrire, l’homme en a bavé. Célébré en juin 2014, son neuvième titre à Roland-Garros marquera la fin des jours heureux. A partir de là, le Chemin de croix a débuté. Un chemin parsemé de blessures, de doutes, de critiques aussi… Rabaissé, décrié, donné comme perdu pour la cause tennis, Rafa a tout subi, tout entendu. «Les années 2014 et 2016 ont été dures. J’ai connu de grosses blessures et je ne savais pas quand j’allais m’en sortir, ni même si j’allais m’en sortir», a-t-il soufflé d’une petite voix, dimanche, devant les médias.

Des failles insoupçonnées

Malgré la coupe de champion à ses côtés, Rafael Nadal paraîtrait presque vulnérable s’il n’était pas… Rafael Nadal. Assis derrière l’immense table de la salle de conférences du stade Arthur Ashe, les yeux cachés par une casquette rose profondément enfoncée sur le crâne, le Majorquin, 31 ans, avoue son spleen, glisse ses états d’âme.

«En 2015, c’était autre chose. Je n’étais pas blessé physiquement. Je l’étais mentalement. Je n’avais plus gagné de tournois majeurs depuis une année et j’ai commencé à douter, raconte-t-il derrière un sourire pudique. Mais je me suis accroché. J’ai travaillé dur et, c’est ma chance, j’ai mieux joué en fin d’année. Mentalement, cela m’a été très précieux.»

Triomphe modeste

Voilà pourquoi celui que l’on surnomme, un peu cavalièrement, le Taureau de Manacor a la victoire modeste. Alors qu’il pourrait jouer la «Marche triomphale», l’artiste fait dans le bémol et le dièse. Ses jours de gloire revenus, ses périodes difficiles? Il les observe avec cette même retenue que lors de son ultime volée gagnante face à Kevin Anderson dimanche. Un sourire pudique, un bras qui se lève… Pas davantage. Rafael Nadal ne verse jamais dans l’immodération. «J’ai toujours accepté les défis, les bonnes et les mauvaises nouvelles. Toutes ces choses que ma carrière me propose, je les aborde de manière naturelle», assure-t-il. Il ajoute alors: «A part peut-être la parenthèse de 2015, je ne suis pas quelqu’un avec beaucoup de hauts et de bas sur le plan émotionnel. Lorsque je vis des moments négatifs, je ne tombe jamais très bas. Pareil lorsque je vis des moments positifs comme maintenant, je n’exulte pas.»

«Je suis un homme normal»

A l’humilité de Rafael Nadal, s’ajoute la résilience. Deux qualités qui lui ont offert ce formidable retour au premier plan. «Je pense avoir fait les choses justes, analyse-t-il. Je crois au travail, au travail de tous les jours et de tout le temps. Je crois aussi aux petites choses que l’on peut toujours améliorer. C’est, probablement, la raison pour laquelle je suis encore compétitif dans ce sport tellement exigeant», dit-il avant de promettre: «J’ai la passion. Quand je ne l’aurai plus, ce sera le moment pour moi de faire autre chose.»

Si l’on gratte un peu le vernis, que l’on soulève cette armure de guerrier impitoyable raquette à la main, on découvre un Rafael Nadal vraiment humain. «Malgré mes hauts et mes bas, je suis resté un homme normal», termine-t-il. Rafael Nadal, un homme normal, mais tellement exceptionnel.

Race: Federer à 1860 points de Nadal

Rafael Nadal a pris le large dans les classements de l’ATP après son sacre à l’US Open. L’Espagnol compte désormais 1860 points d’avance à la Race sur Roger Federer. Le Majorquin n’a, par ailleurs, que 100 points à défendre jusqu’à la fin de la saison (90 à Pékin, 10 à Shanghai). Sa marge sur le Bâlois – qui n’a aucun point à défendre en cette fin de saison – est quasiment identique dans le classement technique établi sur les 52 dernières semaines (1960). C’est aussi la première fois depuis mars 2011 que les deux grands rivaux occupent les deux premiers rangs de la hiérarchie. Federer n’a cependant pas perdu toute chance de terminer l’année au sommet. Il peut espérer accumuler jusqu’à 4000 points d’ici à la fin de saison. ats


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