13.09.2017, 00:01  

«La redevance devrait baisser»

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Jean-Michel Cina espère garder un budget global stable.

 13.09.2017, 00:01   «La redevance devrait baisser»

Par Philippe Boeglin

Nouveau président de la SSR, Jean-Michel Cina évoque les prochains défis du secteur.

Jean-Michel Cina a tourné la page de la politique proprement dite, mais n’a pas pour autant quitté l’arène. Ancien conseiller national et conseiller d’Etat (PDC), le Valaisan préside, depuis le 1er mai, la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR). Une fonction en plein cœur de l’actualité. Entretien.

Quelle est...

Jean-Michel Cina a tourné la page de la politique proprement dite, mais n’a pas pour autant quitté l’arène. Ancien conseiller national et conseiller d’Etat (PDC), le Valaisan préside, depuis le 1er mai, la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR). Une fonction en plein cœur de l’actualité. Entretien.

Quelle est votre impression après quatre mois de présidence?

Très bonne. Je suis arrivé dans une entreprise de haute technologie. J’ai beaucoup de responsabilités dans ma fonction de président, car la SSR a un rôle primordial en tant qu’institution et média indépendant.

Qu’est-ce qui va bien à la SSR?

L’institution et l’entreprise sont bien structurées, efficaces, et emploient des gens passionnés et très compétents. Nous sommes donc parfaitement armés pour affronter le tournant numérique. Sans oublier notre base, très solide, avec ses 24 000 membres.

Et qu’est-ce que vous changeriez?

Bon, je suis toujours en train de me familiariser. Mais sinon, il est clair qu’il nous faudra accentuer la transition au numérique. Le contenu audiovisuel reste le cœur de notre métier, mais il s’agit désormais de le livrer au bon public, au bon moment et sur le bon canal. Et nous devons aussi fidéliser les jeunes.

Comment attirer les jeunes: tout diffuser sur internet et lâcher la radio-TV traditionnelle? Ou «alléger» le ton des programmes d’information?

La radio-TV classique survivra. Mais en parallèle, nous devons continuer à développer des émissions et des applications destinées aux plus jeunes. Ce qui est primordial, c’est de ne pas rater le basculement entre le «linéaire» (réd: la radio-TV normale) et le numérique. Restons attentifs.

Pour séduire les jeunes en parallèle des programmes classiques, n’auriez-vous pas besoin de davantage de moyens, inatteignables dans le climat politique actuel?

C’est un enjeu et un défi. L’entreprise peut aussi y répondre en adaptant son organisation et ses processus de production, par exemple, et en développant les rédactions trimédias (réd: internet, télévision, radio) dans le domaine de l’information. Il y a plusieurs projets en ce sens dans les régions.

Le Conseil national traite demain de l’initiative populaire «No Billag», qui veut supprimer la redevance radio-TV. Il devrait la refuser sans lui adjoindre de contre-projet. La partie est-elle gagnée?

Non, le peuple votera probablement l’année prochaine, et nous devrons informer le public activement, lui montrer ce que nous lui offrons. Et puis, il s’agira de dire à la population ce qu’elle perdra en cas d’acceptation de l’initiative.

En 2015, la révision de la loi sur la radio-TV n’était passée que d’un cheveu. Avez-vous peur de la votation sur «No Billag»?

L’enjeu doit être pris au sérieux. Il faut être clair: sans la redevance, c’est la mort de la radio-TV publique. «No Billag», c’est en fait «No SSR»! Si le peuple dit oui, il n’y aura plus que de minuscules chaînes privées et commerciales, et seulement en Suisse alémanique. Dans les autres régions linguistiques, le marché est trop petit pour survivre sans la redevance. «No Billag» met aussi en grand danger les chaînes et stations privées financées en partie par la redevance.

Avec quel montant de la redevance misez-vous à l’avenir?

Il y aura probablement une réduction, mais c’est trop tôt pour savoir combien. On parle d’un tarif situé en dessous de 400 francs par année. Mais c’est le Conseil fédéral qui décidera.

Si la taxe baisse sous la barre des 400 francs, votre budget risque de diminuer…

Nous espérons conserver un budget global stable, malgré des inconnues comme la mise en œuvre de la nouvelle loi sur la radio-TV, en 2019, ou l’évolution des recettes publicitaires, très fluctuantes. Nous devrions pouvoir compter sur des recettes de la redevance d’environ 1,2 milliard.

Donc l’UDC a raison: on peut baisser la taxe et la SSR garde un budget identique…

L’enjeu, c’est l’assiette et le plafond que fixera le Conseil fédéral. Et couper la redevance de moitié aurait des conséquences douloureuses, comme par exemple centraliser les studios à Zurich.

Pour remédier à la crise de la presse écrite, une partie de la politique aimerait lui verser une partie de la redevance. Y êtes-vous ouverts?

Le Conseil fédéral prépare une nouvelle loi sur les médias pour l’année prochaine. Ce débat devra se faire dans ce cadre, dans une approche constructive et de compréhension mutuelle.

La presse écrite n’assure-t-elle pas, elle aussi des prestations de service public, en informant et analysant les événements d’actualité?

Oui, oui, bien sûr. Je reconnais ce travail de qualité et suis ouvert à des formes de coresponsabilité. La manière de la concrétiser reste à définir.

Moins de foot, plus de films?

Jean-Michel Cina, la SSR n’a pas obtenu, pour la première fois, les matches de football de la Ligue des champions dès la saison 2018-2019. Le modèle basé sur la redevance a-t-il atteint ses limites?

En contrepartie de cette perte, nous pouvons couvrir d’autres sports ou compétitions qui font aussi partie de l’ADN de la Suisse, comme la course de VTT Grand Raid. Après, si la surenchère dans le football ou le tennis se poursuit, nous devrons alors peut-être davantage investir ailleurs. Par exemple dans les films de fiction suisses, dans lesquels nous dépensons déjà 40 millions de francs par an.


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